jeudi 29 mai 2014

Pas son genre... (Ou peut-être que si...)

Voici quelques semaines déjà, je suis allée voir le film de Lucas Belvaux qui s'intitule Pas son genre. Quand je suis sortie de la salle, je me suis dit: "Mouais... Encore une production française bourrée de clichés, bobo à souhait et assez médiocrement jouée"... Oui, c'est vrai, sauf que... C'est un film qui me suit.  Je m'aperçois que certaines scènes se rejouent encore dans le fil de mes pensées.

Quand le film commence, on se retrouve plongé dans le monde d'un jeune professeur de philo parisien muté à Arras. (Alors déjà, faudrait m'expliquer ce que le gars a fait pour être muté de Paris intra-muros à Arras... ZE punition!!!) Et là, le spectateur doit subir les tourments de l'âme de ce personnage (interprété par Loïc Corbery, estampillé "Sociétaire de la Comédie Française'" comme si c'était un gage de qualité pour sa prestation... Ben non, le cinéma demande du naturel et l'illusion de la spontanéité). Présenté comme un auteur d'avant-garde, prônant le non-engagement affectif (se plaçant de fait en prédateur émotionnel), il reste le vilain petit canard d'une famille de la haute bourgeoisie, à qui on reproche une carrière jugée indigne de leur rang social.

Sitôt arrivé, il s'engage dans une relation avec une gentille coiffeuse afin de passer le temps, semblerait-il. Et c'est là qu'intervient le personnage féminin : interprété par Émilie Dequenne (qui a dû penser jouer dans une adaptation de Mme Bonheur...). Mais attention, sous ses dehors très populaires, notre héroïne n'est pas une fille facile (enfin, pas toujours), c'est une mère célibataire vivant en hlm certes, mais elle affectionne les transports en commun, lit Anna Gavalda et voue un culte à ses copines de karaoké. Bref, une femme moderne.

Arrivée à ce stade du film, je dois avouer que je me suis dit que ça allait être plutôt long... Voire pénible. Et puis, si on arrive à passer outre la banalité de certains dialogues (et les poncifs sur les profs, hein...), les scènes commencent à gagner en profondeur. On commence à comprendre que finalement, ce qu'on nous vendait comme une comédie romantique (c'est le cas d'Allociné) est en fait bien plus profond. C'est un film qui provoque beaucoup d'émotions contradictoires, mais qui ne fait pas rire, ni même sourire. Parce que ce qui est remis en question, ce sont les codes de la relation amoureuse et surtout, l'image que l'on donne ou que l'on souhaite donner à l'autre. Ce qu'on cache aussi. Ce qu'on est prêt à assumer, ou pas. Et cette fois loin des clichés, la relation est décortiquée, autopsiée, dans ce qu'elle a de beau et d'euphorisant mais aussi dans ce qu'elle a de plus corrosif. C'est alors qu'imperceptiblement, une inversion des rôles s'opère. Le blanc et le noir se mélangent. Personne n'est complètement utilisé, personne n'est totalement manipulateur. Et cette sensation de malaise va crescendo, jusqu'au final que je juge grandiose. 

Alors maintenant, la question serait: est-ce que je vous recommande ce film? Malgré les points négatifs, je dirais oui. C'est un film que je reverrai sans doute, parce qu'il m'a soufflée. Il m'a fait réfléchir. Et c'est à mon sens une qualité rare. Alors pour vous donner une idée, voici déjà la bande annonce. J'espère vous avoir donné envie.

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